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Franz Magazine

octobre 2011
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L' Anreiterkeller de Bressanone, siège du Groupe Dekadenz, a accueilli jeudi 26 un concert mémorable à bien des points de vues, et qui a vu affluer un public trié et privilégié. La petite scène de la cave de la rue St Angelo a accueilli les 12 musiciens du collectif Lebocal, un big band français, qui est sans doute parmi les formations les plus intéressantes du panorama européen du “jazz and other”. Les propositions jazzistiques du Dekadenz, sélectionnées depuis des temps immémoriaux par Norbert Dalsass, offrent souvent de vraies perles dans le vaste panorama de la musique internationale. Lebocal plus spécifiquement est une formation qui depuis sa naissance propose une approche progressive aussi bien dans le répertoire du big band que dans la façon d'être dans la musique et sur scène. C'est à travers cette trajectoire, plutôt peu fréquentée, que les musiciens français sont arrivés à la décision, déjà entreprise dans la première phase de leur activité, de se confronter à un des répertoires le plus difficile et le plus fascinant, qui est de nos jours un vrai classique de l'expérimentation et de la créativité. Nous parlons des compositions de Frank Zappa, le musicien américain disparu il y a 18 ans, qui fut une figure de la musique iconoclaste aussi bien dans la forme musicale que dans sa façon d'être musicien.
Ce qui est intéressant dans la musique du groupe Lebocal est que dès le début de la performance, nous comprenons que pour la formation la rencontre avec la musique de Zappa a été une étape obligatoire mais aussi un défi à vivre jusqu'au bout. L'approche des 6 compositions du musicien de Baltimore proposé au Dekadenz a été totalement convaincante parce que juste et significativement libre, comme l'auteur original l'aurait naturellement souhaité. Donc The Idiot Bastard Son, Cosmik Debris, King Kong, Mr. Green Genes, Zoot Allures et The Duke of the Prunes ont régalé le public, en étant le prologue idéal d'une seconde partie dédiée aux compositions originales du groupe, compositions intéressantes et variées.
La syntonie et l'ironie sur scène ont fait le reste, allant de paire avec la louable approche des solistes pendant les morceaux. Nous pouvons le dire clairement: dans les solos, à l'exception justifié du formidable guitariste Cyril Moulas, on a pas vu de démonstration technique ou de pattern. Chaque note a été servie à un public stupéfié avec une sincérité hors du commun.
En somme: nous espérons vraiment que le collectif Lebocal ait l'occasion dans le futur de revenir sous nos latitudes pour nous transmettre un peu de sa manière de faire de la musique, si mature qu'elle est de nos jours presque stupéfiante. Et par les temps qui courent ce n'est pas peu dire, c'est même beaucoup. Énormément.

Octobre 2011 - Luca Sticcotti Traduction : Diego Fano