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Kulturzeitschrift

mai 2011
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Les big bands sont les plus forts !

Dans la série "Jazz&" à Spielboden : le "Collectif Lebocal".
Publier un "album hommage" est assurément un bon moyen de s'assurer une meilleure visibilité. Cela tient avant tout au fait que l'adage qui dit qu'on ne "mange que ce que l'on connaît" semble faire de plus en plus d'adeptes, si bien que des groupes peu connus et réunissant statistiquement moins de public sont peu programmés et des petits organisateurs sont, quant à eux, condamnés à mettre la clé sous la porte.
Voilà un aspect des choses qui se devait d'être évoqué !

15 garçons simples et franchement sympathiques...

En 2003, le collectif français "LE BOCAL" avait déjà consacré un album à l'oeuvre de Frank Zappa, rock star prématurément décédée en 1993 et probablement la personnalité la plus extravagante de sa génération.
Il a en effet souvent utilisé le rock et les stéréotypes s'y rattachant, pour mettre à la portée de tous ses compositions complexes que l'on peut même qualifier de "sérieuses".
Le "Collectif" qui joue pour moitié des morceaux de Zappa, et pour moitié ses propres compositions, figurant sur le CD "Ego", nous prouve ainsi deux choses :   la première est que certains morceaux, quelle que soit la force de leur origine ou de leur identité, ont tout à gagner à être repris lorsque cela les rajeunit avec autant de talent.
La seconde est que la qualité technique et la richesse créative de leurs propres compositions n'ont rien à envier au travail de Zappa.

(Et ce sont là des affirmations courageuses, lesquelles font courir le risque d'être purement et simplement fusillé par les fans de Zappa !).

Ah ! une chose encore :  nous avons là 15 garçons franchement sympathiques, qui font leur travail sans faire de manières et sont au moins aussi euphoriques que le public.

Ils égrènent leurs propres compositions comme on assemble patiemment et un à un les carrés de tissu d'un patchwork Pour obtenir fraîcheur et spontanéité, ils utilisent parfois la technique de « l’Instant composing ». Cela consiste pour chacun d'entre eux à jouer individuellement selon une grille d'improvisation commune à l'ensemble du groupe.
Le son est puissant et toutes les possibilités dynamiques d'un big band sont exploitées, jusqu'à atteindre pendant de courts intervalles une intensité proche du vacarme.
On pense aux premières compositions de Zappa.
«Idiot Bastard Son", "King Kong", "Mr Green Genes", tous ces morceaux évoquent les années soixante.
Ils ont été complètement retravaillés et bien souvent, les seuls indices évocateurs sont les parties à l'unisson, assez typiques, ou encore les passages magnifiquement interprétés par le chanteur Ernie Odoom.
Il possède une voix rare, couvrant plusieurs octaves et s'élevant clairement et puissament jusque dans les aigus.
Ces numéros, agencés à la manière d'un patchwork,  sont un mélange sauvage, où tous les styles tourbillonnent, du metal au free jazz.
Mais c'est surtout l'influence des polyrythmies africaines que l'on perçoit dans les compositions personnelles qui se déploient lentement et offrent de longues courbes mélodiques.
La connexion avec le monde lointain de l'électronique est assurée par l'homme au saxophone ténor, qui envoie des paquets de sons pleins d'effets allant parfois jusqu'à faire grincer et coasser son instrument de façon effrayante.
C'est pourtant avec une grande sobriété qu'il se lance plus tard dans un solo énergique qui électrise toute la salle.
Une grande soirée !

mai 2011- http://kulturzeitschrift.at/ traduction : Béatrice Soulié